Sans savoir qui avait écrit, 52 % des lycéens ont préféré les conseils de ChatGPT à ceux des professionnels. Une étude norvégienne explique ce qui les convainc, ce que les professionnels en pensent, et ce que cela change pour accompagner les jeunes.
Résumé :
Cette étude norvégienne, publiée en 2026 dans la revue Digital Health, compare la façon dont les jeunes et les professionnels jugent des conseils en santé mentale. 123 lycéens de 16 à 20 ans et 31 professionnels du site public ung.no ont lu deux réponses à de vraies questions posées par des jeunes. L’une avait été écrite par un professionnel, l’autre par ChatGPT, sans que les lecteurs sachent qui était l’auteur. Les jeunes ont trouvé les réponses de ChatGPT plus pertinentes et plus utiles : 52 % les recommandent, contre 19 % pour celles des professionnels. Les professionnels, eux, ne voient pas de vraie différence entre les deux sources. Ils se montrent plus critiques et jugent ChatGPT souvent trop long, trop factuel ou trop compliqué. Les deux groupes apprécient pourtant les mêmes qualités : des réponses claires et concrètes, qui donnent le sentiment d’être compris. Les auteurs proposent donc un modèle mixte, où l’IA aide les professionnels sans les remplacer.
L’étude est jugée solide, avec une note de confiance de 2 sur 3, mais elle a des limites. Les sujets graves, comme le suicide ou les troubles alimentaires, ont été exclus. L’exactitude des réponses n’a pas été vérifiée, et un seul modèle d’IA a été testé, en norvégien. Pour ONDES, la leçon principale est que la forme compte beaucoup : un texte clair et structuré rassure. Mais une réponse longue peut aussi donner l’illusion qu’on s’occupe de nous et créer une confiance excessive. Il faut donc aider les jeunes à développer leur esprit critique face à l’IA et à savoir demander de l’aide à un adulte. Les parents peuvent en parler sans juger, par exemple en demandant à qui leur enfant pose ses questions en premier. Une réponse bien écrite n’est pas forcément juste, et pour ce qui est grave, rien ne remplace un échange humain.
https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/20552076261427447
BLOC 1 – REPÈRES
Référence : Skjuve M., Følstad A., Brandtzaeg P. B. (2026). ChatGPT as a mental health advisory service: Comparing evaluations from youth and health professionals. Digital Health, vol. 12, p. 1-16 (Sage). DOI : 10.1177/20552076261427447. En anglais. Accès libre (licence CC BY).
Type de document : Étude
Contexte : Norvège ; six lycées (milieu scolaire) et le service public de questions-réponses en ligne ung.no ; jeunes de 16 à 20 ans.
BLOC 2 – COMPRENDRE
En une phrase : Sans savoir qui a écrit, les jeunes trouvent ChatGPT plus pertinent et plus utile que les professionnels ; les professionnels, eux, ne voient pas de vraie différence.
La question posée : Jeunes et professionnels jugent-ils de la même façon les réponses de ChatGPT et celles de professionnels à des questions de jeunes sur leur santé mentale ?
Comment ? : 123 lycéens et 31 professionnels de ung.no ont lu, à l’aveugle (sans connaître l’auteur), deux réponses à deux vraies questions de jeunes : l’une d’un professionnel, l’autre de ChatGPT (GPT-4, 2023). Ils ont noté de 1 à 7 la validation (se sentir compris), la pertinence, la clarté et l’utilité, puis choisi une réponse. Recueil à l’automne 2023.
Ce que montre l’article
- Les jeunes notent ChatGPT plus haut en pertinence et en utilité. Pour la validation et la clarté, l’écart peut être dû au hasard.
- 52 % des jeunes recommandent ChatGPT, 19 % les professionnels. Chez les professionnels : 42 % contre 35 %, écart non significatif.
- Les deux groupes apprécient les mêmes qualités : conseils concrets, texte clair, sentiment d’être compris.
- Les professionnels signalent plus de défauts (84 % contre 49 %) : trop long, mots difficiles, ton trop factuel.
- Ils n’ont relevé aucune erreur dans les réponses de ChatGPT.
Limites
- Les sujets sensibles (suicide, troubles alimentaires, violences sexuelles) ont été exclus.
- Ce sont des impressions : l’exactitude des réponses n’a pas été vérifiée. Un seul modèle, en norvégien.
- Petits effectifs (31 professionnels), surtout des filles chez les jeunes (98 sur 123). Les professionnels de ung.no ne peuvent pas donner de conseils de soin personnalisés.
Niveau de confiance : Confiance 2 – Solide : résultats crédibles, avec des limites connues.
a ✓ · b ✓ · c ✗ · d ✓ · e ✓ = 4/5
BLOC 3 – REGARD ONDES
Ce que nous en retenons : L’étude vaut par son évaluation à l’aveugle. Elle montre que la forme compte : une réponse claire et concrète donne aux jeunes le sentiment d’être aidés. Les auteurs alertent : une réponse longue peut passer pour de l’attention et créer une confiance excessive. Cela rejoint Ayers et al. (2023), où des réponses d’IA à des patients semblaient plus empathiques que celles de médecins.
Pour qui, et qu’est-ce que ça change ?
- Parents : savoir si votre enfant confie ses soucis à l’IA, et en parler sans juger.
- Éducateurs : des réponses courtes, concrètes et structurées parlent aux jeunes ; une piste pour nos messages.
- Jeunes : une réponse bien écrite n’est pas forcément juste ; pour ce qui est grave, parler à un humain.
Ce qui protège, ce qui aide
- Savoir juger une réponse : qui parle, est-elle adaptée à moi ? (pensée critique).
- Savoir demander de l’aide à une personne de confiance (communication).
Vigilance éthique : Confidentialité et données : se confier à un chatbot commercial n’offre pas les garanties d’un service public anonyme. Lien avec les ressources locales : l’IA doit renvoyer vers des aides humaines.
BLOC 4 – AGIR
Pour en parler : « Quand une question te tracasse, à qui ou à quoi la poses-tu en premier, et pourquoi ? »
Pour essayer : Prendre une question simple (le stress avant un examen). Lire à l’aveugle une réponse d’IA et une réponse d’un service d’écoute, puis discuter : laquelle aide le plus ? Qui a écrit quoi ?
Pour aller plus loin
- Fiche « Chatbots et confidences : quand les jeunes parlent de leur moral à l’IA »
- Fiche « Chercher de l’aide en ligne pour sa santé mentale »
- Fiche « Esprit critique face aux réponses de l’IA »
Environnements numériques : #IntelligenceArtificielle #AideEtConseilEnLigne. Prévention et promotion de la santé : #CompétencesPsychosociales #LittératieEtInformationEnSanté. Santé et bien-être : #SantéMentale. Éthique et régulation : #AutonomieEtEspritCritique #ViePrivéeEtSécuritéEnLigne
Laisser un commentaire